Une dentellière d'Estonie - Olga Kublitskaja
J'ai été très prise par la vraie vie en dehors de la dentelle. En fait, je me suis inscrite à un cours à l'université (j'avais oublié à quel point c'était intense) et je suis en pleine rénovations. J'ai carburé en même temps sur un projet dentellier au travers de tout ça. Je voulais le terminer avant l'entrée des ouvriers. Je vous le présenterai éventuellement.
Dans l'immédiat j'aimerais vous présenter Olga Kublitskaja. Mme Kublitskaja habite en Estonie, où elle enseigne la dentelle. Dentellière elle-même, elle a lancé tout récemment sa collection de vêtements dont voici des photos. C'est évidemment sa propre dentelle.
Ce que je trouve bien dans ces vêtements, c'est qu'ils ne s'adressent pas aux gens riches et célèbres, mais à madame tout-le-monde, qui a une vie professionnelle. Simple et élégant tout à la fois. C'est aussi très inspirant, puisque des fois on cherche quoi faire avec nos dentelles: pourquoi pas enrichir des vêtements?
Au moment où j'écris ces lignes, un prochain défilé s'annonce à Tallinn, le 26 mars 2019. Les détails en sont disponibles sur la page FB de Mme Kublitskaja. Je vous invite à vous y abonner afin de suivre ses activités à venir. Vous pouvez aussi la contacter par cette adresse, si vous le désirez.
Centre terminé et retour sur la Mikhailov
Le centre que je vous avais présenté ici et là est enfin terminé, comme vous pouvez en juger par la photo. À moins de les avoir déjà lus, vous y apprendrez la raison de certains choix. Je fais aussi référence à leur contenu plus loin. Je voulais le finir avant Noël et j'ai réussi.
J'ai eu beaucoup de plaisir à le réaliser. J'avais multiplié les douze paires originales à plus du double. Ensuite, on dira que la dentelle russe demande peu de fuseaux. Je suis fière de dire que j'ai pas trop d'erreurs. Dans un cas je l'ai remarquée alors que j'étais rendue trop loin et ça ne me tentait pas de défaire (A).
Justement, parlant de finition, le tas de fils magiques que j'avais installés pour faciliter celle-ci ont tous pris le bord. Je m'en suis pas servie. En fait, je voulais les expérimenter mais, ils étaient dans le chemin et j'étais incapable de distinguer les boucles pour faire les accrochages. Bref, il faut que je revois cette technique.
Retour sur la Mikhailov
Dans mon premier article sur ce centre, je le présentais comme inspiré de la Mikhailov, qui est une dentelle russe peu connue ici. J'y reviens. Dans l'ancienne Russie, elle ornait les vêtements festifs et le linge de maison des paysans de la région de Riazan, où se situe la ville de Mikhailov. Elle est dense, presque du tissage, très colorée mais anciennement seuls se voyaient le bleu et le blanc dans une prédominance de rouge (dans la photo ci-contre, venant de l'album Facebook de Marina Morozova, remarquez la bordure du bas du tablier). Au XXème siècle, d'autres couleurs se sont ajoutées: noir, vert, jaune, écru, la couleur rouge restant dominante. Grâce aux travaux de certaines dentellières émérites, les motifs se sont aussi complexifiés. Elle est supposée être à mains libres (page en anglais), c'est-à-dire faite directement de mémoire sur le coussin sinon sur un carton très sommaire. De la dentelle sans patron. Les Russes disent numérique. C'est que la dentellière — outre de suivre une séquence de réalisation rigoureuse — doit répéter le motif par comptage de la distance et des fils (10 à 60 fuseaux) et qu'elle n'utilise que les épingles essentielles à tenir l'édifice, ce qui peut amener des irrégularités. La Mikhailov est longue à maîtriser.
Voici d'autres liens: sur cette page, les photos de cette dentelle sont très parlantes. Nul besoin de connaître la langue. Et ici, la photo d'une dentelle en cours de réalisation. Et ici.
Adelaida Rojkova est originaire de cette région (Riazan) d'où une influence manifeste de la Mikhailov dans ses travaux. Mais elle ne s'y limite pas, surtout sur le plan des couleurs. Elle est un peu la mère d'un nouveau style en plus d'être une des rares à fournir du matériel pédagogique accessible à toutes.
Ce retour sur la Mikhailov et sur Mme Rojkova sont un résumé de cette page (où on voit d'ailleurs sa photo) sur la dentelle de Mikhailov, si vous lisez le russe. Je vous invite quand même à y regarder ici aussi les photos, toutes aussi évocatrices.
Je cherche aussi des informations similaires sur les dentelles de Vologda, Ielets, de Viatka (les trois sont assez similaires) et de Belëv afin de les partager avec vous. J'espère pouvoir en trouver.
Mise à jour de janvier 2021: La Suède et l'Estonie produisent des dentelles qui ressemblent étrangement à la dentelle de Mikhaïlov. D'où que je ne parlerai de celle-ci qu'en étant sûre de son origine. Merci à Mme Olga Kublitskaya pour me l'avoir signalé.
Joyeux Noël 2018
La traduction automatique
En traduction automatique, quand le domaine est général, on est capable de comprendre le sens global du texte traduit (même si c'est parfois loufoque) mais on n'a pas le choix de faire de la révision.
Quand on tombe dans un domaine spécialisé (comme l'informatique ou ...la dentelle) ça se corse. La révision aussi. En fait, le traducteur automatique, qui est une machine, essaie de deviner le domaine mais n'y arrive pas nécessairement. D'une fois à l'autre, il est plus facilement inégal surtout avec les termes spécialisés. Il peut nous perdre avec le terme spécialisé d'une autre domaine. L'expérience peut être assez frustrante.
La dentellière essayait de faire un patron. Quelque chose que je ne ferais pas dans une langue étrangère que je ne connais pas ou peu, à moins d'avoir un soutien visuel suffisamment détaillé.
Malgré tout ce que je viens de dire, j'utilise quand même régulièrement la traduction automatique du russe au français pour la dentelle russe. C'est celle que j'ai appris en premier (Vologda) et elle reste une de mes préférées. Ça aide. Concernant la langue elle-même, j'avais commencé à l'apprendre par moi-même il y a de très nombreuses années. Je suis capable de lire les caractères cyrilliques, mais lentement, sans comprendre nécessairement ce que je lis en dehors de certains mots qui me servent de repères. J'ai des amies russophones mais elles ne sont pas toujours disponibles. Alors je n'ai pas le choix de me servir du traducteur automatique ne fut-ce que pour moi-même, mais avec un soutien visuel essentiel pour compléter. Sans ce dernier, je suis perdue. Et comme c'est une langue que je maîtrise peu, je ne me contente pas d'une seule source pour un même sujet. Je fais des recherches. Si le résultat n'est pas satisfaisant ou demande un travail disproportionné, c'est mis de côté jusqu'à nouvelle ordre. Et des cours de russe plus formels sont en projet. Ceci dit, quand ça se retrouve enfin sur mon blogue, c'est que j'ai fait tous mes devoirs.
Alors voilà, en plus de cette mise au point, j'espère avoir répondu à la question de la dame.
Un cordonnet russe tordu à deux couleurs
Encore des cordonnets? Je sais que j'en parle beaucoup, à se demander si je fais autre chose ;-).
Voici le truc.
Les deux fils d'une paire ont chacun une couleur différente.
Puis on plie ce fil en deux. C'est ce fil en double qui servira de cordonnet.
Ensuite, on enroule celui-ci autour des fuseaux à partir des bouts coupés. À la fin, le bout qui pend est celui avec le pli.
Puis je travaille normalement, tel qu'expliqué à un moment donné dans cet article. En fait, je crois que ça va être plus rapide de le répéter parce qu'il est assez long.
- Lever le fuseau droit du cordonnet.
- Passer en dessous la paire de meneurs et la déposer de l'autre côté de la paire de cordonnets.
- Déposer le fuseau droit de la paire de cordonnets tout de suite à gauche du fuseau gauche. La torsion se fait toute seule.
- Continuer normalement avec la paire de meneur et les autres fils.
Après quelques rangs, on obtient tel que sur la première photo.
Dans cette pièce en particulier, je voulais avoir des cordonnets de la même couleur orange et vert que j'utilisais ailleurs mais des fils aussi gros n'étaient pas disponibles. Je n'ai pas pris les cordonnets de la démonstration bien que les couleurs en soient rapprochées. Alors, j'ai simplement pris les mêmes fils mais j'en ai fait trois brins, par la suite pliés en deux. Donc, si on fait le bon calcul, il a fallu calculer six fois la longueur que je voulais de fil simple. Finalement, ça donne comme à gauche.
Un centre en dentelle russe inspiré de la Mikhailov
Dans un de mes derniers articles, je vous parlais d'un jabot dont j'étais en train de compléter le patron. C'est terminé sauf que je suis en pleine réflexion. Si je veux le faire avec la finesse de fil qui me tente, je suis obligée de le retoucher: les dimensions du jabot restent les mêmes, mais je dois mettre plus petit certains éléments clés et réadapter le reste. Du travail en sus. Ou bien, je garde ce que j'ai déjà et je m'achète un fil adapté à la grandeur actuelle, par exemple du lainage fin. Bref, à suivre...
Entretemps, j'ai commencé un autre patron. Dans la littérature d'Adelaida Rojkova, un motif revient souvent qui me plait beaucoup et que je voulais essayer. Ça couvre au-dessus de trente pages imprimées. On peut en voir une partie à cette page web, qui lui presque entièrement dédié (je vous rappelle de ne pas cliquer sur aucun lien une fois rendu là-bas). Le traducteur automatique appelle ça un pétoncle ou une coquille St-Jacques. Comme on a des déjà des coquilles en Torchon j'ai choisi éventail pour une raison que je vais exposer plus loin. Et comme la traduction automatique d'autant de pages est TRÈS laborieuse, j'avais décidé de m'en tenir aux photos. Pour certains éléments, la manière de faire m'était évidente mais ce n'était pas toujours le cas. Bref, j'étais prête à jeter le torchon jusqu'à nouvel ordre.
Une de mes amies m'a prêtée son livre Mikhailov, par Iralda Belozerova et Ludmila Kostromova. Il est en quatre langues dont le français. Il était annoncé sur Amazon il y a quelques semaines, mais je crois qu'il est en ce moment hors-édition. La dentelle de Mikhailov est une dentelle russe peu connue ici. Si vous voulez en savoir plus, j'ai trouvé une bande vidéo et je l'ai ajoutée au bas de cette page. C'est une dentelle rustique et très colorée qui évoque le tissage. Elle ornait les costumes traditionnels des paysans d'une certaine région de Russie ainsi que leur linge de table et de maison. Or, plusieurs patrons du livre utilisent ce motif, où il est appelé éventail (et c'est là d'où ça vient). Et c'est très bien expliqué. En même temps, je me suis rendue compte que ça pouvait varier d'un patron à l'autre sur des détails, ce qui explique ma confusion devant certains travaux d'Adelaida.
En fait, c'est ça que je serais supposée faire, avec une flèche pour vous montrer l'éventail. La photo est tirée du livre de Mmes Belozerova et Kostromova.
La dentelle de Mikhailov se fait avec du GROS fil. Or, je voulais la faire avec du fil plus fin, un coton égyptien 60/2 que j'avais sous la main. Comme je voulais garder les mêmes dimensions, j'ai décidé de faire des adaptations. Les puristes vont hurler. Mais je sais que je pourrai toujours le faire by the book (selon les spécifications) une autre fois. Et parlant de spécifications, je les ai toutes observées. Là où le livre disait de faire A, j'ai fait A. Rigoureusement. Je reste quand même en situation d'apprentissage. J'ai rien enlevé.
Je vais vous expliquer les adaptions que j'ai faites si ça peut vous donner des idées pour modifier des patrons.
Pour les galons, j'ai ajouté des paires et des cordonnets pour faire la largeur. Pour ce qui est de l'éventail, où je pouvais pas me le permettre, j'ai simplement ajouté des torsions. Rien d'autre. Les fils jaunes et foncés qu'on voit sur la photo du haut, c'est juste des fils magiques pour m'aider à faire mes accrochages à la fin.
Pour les cordonnets, je me suis fait plaisir. Je vais y revenir. Et je vais aussi revenir sur les techniques utilisées dans le patron. Mais ce sera plutôt le sujet d'autres articles.
Et malheureusement, question de droits d'auteur, je suis dans l'impossibilité de rendre le patron disponible.
Une fleur russe en festons
En dentelle russe, on voit des festons dans certaines dentelles dont celle de Ielets (image ci-dessus, prise d'une bande vidéo de trente minutes). En général, ils sont agrémentés d'un cordonnet. C'est aussi ma préférence. Dans mon exploration, j'avais choisi un patron facile d'Adelaida Rojkova pour me faire la main. Le même patron est utilisé dans trois de ses livres. Je l'ai même vu circuler sur Pinterest. Mais j'ai pris la version à cette adresse.
Et pour vous permettre de le repérer dans la page, en voici une photo:
J'ai imprimé la patron sur du papier de couleur (le fil blanc s'y voit mieux), je l'ai collé sur un carton souple (genre chemises en carton; j'en ai récupéré un bon lot d'usagées lors d'un ménage dans les bureaux où je travaillais) que j'ai recouvert d'un film autocollant en plastique transparent (on peut faire l'inverse: papier blanc et film de couleur mais j'ai du transparent dont je veux me débarrasser). Je ne fais pas de piquage, sauf pour des cartons plus épais (ça arrive), où les aiguilles peuvent se tordre facilement.
Le patron ne présente pas de difficulté en soi. C'est seulement de la grille (dans ses autres livres, elle peut aussi faire de la toile). Alors j'ai commencé en me basant sur mes connaissances et les images, me réservant le texte pour plus tard. Je voulais savoir si elle avait une technique spéciale pour la finition de sa grille. J'ai reçu tout un choc quand j'ai enfin lu.
En fait c'est une des raisons pour laquelle j'ai publié cet article. Elle recommandait de terminer en faisant des nœuds et en les consolidant avec de la colle blanche. Quelqu'un m'a confirmé qu'il y avait débat sur son usage, que j'ignorais. Personnellement, je crois qu'on doit l'éviter. D'accord, elle devient transparente en séchant, mais la dentelle prend localement de la raideur. Et, de mon point de vue, la qualité baisse.
Toujours est-il que j'ai fini par la technique "Toute une chaîne de nœuds", en me fiant sur le fait que le cordonnet cacherait. Celui-ci, on le rentre en suivant son chemin au travers des fils. Et c'est là qu'a été mon erreur: par excès de confiance j'ai coupé les fils avant de le rentrer. Ç'a pas tenu. Moralité: on coupe tous les fils, incluant le cordonnet, en tout dernier et en même temps.
Alors voici quand même ce que j'ai fait, au moins pour montrer comment on fait le feston.
Je me suis d'abord concentrée sur le cordonnet. J'ai expliqué la technique avec le meneur dans cet article sans avoir de photos. Ici, j'ai été capable d'en prendre (des photos).
Je continue ainsi toutes les paires de fil sauf les deux dernières. Je place une épingle de soutien (photo ci-dessous) pour que le cordonnet puisse garder sa forme dans le changement de direction.
Avec les deux paires laissées libres à droite, je fais un point double. Dans ces deux paires, celle de droite est destinée à ma paire bordure. Celle de gauche, je la passe dans le cordonnet en faisant une torsion. Puis, je commence mon rang de grille. À la fin de celui-ci, je fais un autre point double, avec désormais un nombre pair de torsions avant de fermer l'épingle pour conserver l'alternance de couleur dans les meneurs. Ceci pour les deux paires bordures.
La deuxième photo de l'article donne le résultat après quelques rangs. À chaque fois que mon cordonnet change de direction (ou que je veux garder la courbe), j'aide avec une épingle de soutien. J'ai donné ci-haut la manière de le travailler lorsqu'on va de gauche à droite. Pour la droite vers la gauche, c'est à peu près la même chose:
- la torsion des cordonnets reste le fuseau droit à gauche du fuseau gauche;
- au lieu de prendre la paire de fil à droite pour la déposer à gauche, on prend celle à gauche et on la dépose à droite.
Et voici le résultat final, le bouton fixé après une bataille sanglante, sous un éclairage très lumineux. J'ai hésité à mettre de l'empois. La grille a souffert et on ne voit même pas l'erreur dont j'ai parlé au début. Elle s'est retrouvée en dessous parmi les ruines. J'ai décidé de la porter (la fleur, pas l'erreur, zut les deux) quand même et à date ça tient. Par contre, mon manque de fil pour le cordonnet se voit (flèche).
Ielena Rusakova, une autre de mes références en dentelle russe, a un vidéo sur les festons. C'est en russe, évidemment, mais sa voix est presque un fond sonore. En se concentrant sur ce qu'on voit, on s'en sort très bien. Vous remarquerez le traitement différent de ses cordonnets, en toile au lieu d'être tordus ou en chevrons. Les trois sont possibles. Avec les chevrons, il y a même un truc auquel je pourrais revenir. Mme Rusakova vend des cours de dentelle mais son site contient aussi des éléments gratuits accessibles à toutes. Pour certains, on n'a pas besoin de connaître le russe. Elle a aussi un canal Youtube.
Mise à jour le 17/04/2019. Gibritte a publié hier la recette pour une fleur assez similaire mais a un autre truc pour sa finition. Pour la consulter, cliquez ici.
















